Première page, premier souffle...

Première page, premier souffle...
« La nuit était tranquille, teintée de la promesse de l'aube. Un croissant de lune se couchait. Ankh-Morpork, la plus importante cité des terres en bordure de la mer Circulaire, dormait.

Cette affir
mation n'est pas tout à fait vraie.

D'une part, les secteurs de la ville habituellement dévolus, disons, à vendre des légumes, ferrer les chevaux, ciseler de délicats petits bibelots de jade, changer de l'argent et fabriquer des tables, dans leur ensemble ces secteurs dormaient. A moins d'insomnies. Ou de lever inopinés au cours de la nuit, comme cela arrive, pour une visite aux toilettes. D'une part, nombre de citoyens moins respectueux des lois étaient parfaitement éveillés et, par exemple, s'introduisaient par des fenêtres qui ne leur appartenaient pas, tranchaient des gorges, s'agressaient entre eux, écoutaient de la musique tonitruante dans des caves enfumées et en général s'amusaient beaucoup plus. Mais la plupart des animaux étaient endormis, en dehors des rats. Et aussi des chauves-souris, ca va de soi. Pour ce qui est des insectes...

Le fait est qu'une description reste très rarement précise de bout en bout, et durant le patriciat d'Olaf Quimby II une loi fut votée dans une tentative énergique de mettre un terme à cet état de chose et d'introduire une certaine honnêteté dans les comptes rendus. Ainsi, quand une légende prétendait à propos d'un héros glorieux que 'tout le monde vantais ses prouesses', tout barde qui tenait à la vie se hâtait d'ajouter : 'à l'exception de deux ou trois personnes de son village qui le tenait pour un menteur et d'un tas d'autres qui n'avaient jamais entendu parler de lui'. Les métaphores poétiques se limitaient strictement aux énoncés du genre : 'son puissant coursier filait comme le vent par une journée relativement calme, disons de force trois', et toute vantardise sur un être aimé doté d'un minois à lancer un millier de navires, telle cette héroïne antique à nom de poire, devait s'accompagner de la preuve que l'objet du désir avait effectivement la contenance d'une bouteille de champagne.

Ainsi Quimby périt-il sous les coups d'un poète mécontent au cours d'une expérience menée dans l'enceinte du palais pour prouver la justesse controversée du proverbe : 'La plume est plus forte que l'épée', lequel proverbe on rectifia en sa mémoire par l'ajout de la phrase : 'Seulement si l'épée est très courte et la plume très pointue.' »


Terry Pratchett.La Huitième Couleur
# Posté le dimanche 21 octobre 2007 14:01
Modifié le mardi 23 octobre 2007 00:58

Les jeunes filles au Piano.Auguste Renoir

Les jeunes filles au Piano.Auguste Renoir
C'était sans doute l'un de ces dimanches printanniers, où la joie immodérée vient enivrer les pièces de la maison.On y cueille des fleurs écloses a l'aurore dans le jardin, nos rires tintant des mélodies retrouvées, enfouies durant les saisons mortes.On s'egaye de rien, on s'amuse de tout.On a posé ces fleurs dans un vase, à la vue de tous, à la vue du monde.Dans l'un de ces beaux vases qui était resté vide durant trop de temps....Le salon lui même a pris les teintes des beaux jours, l'ocre des meubles, le vert des rideaux, et le blanc lys d'une robe joliement froissée...

Un profil se
découpe dans la clarté.Celui-ci est rond, enfantin, adorable, sublimé d'une chevelure délicieusement blonde, coiffée d'un ruban bleu.Ses joues sont roses, ses mains sont petites et potelées.Tout son être émane une sensualité interdite.La courbe de ses doigts, délicats et imprécis, vient se mêler aux formes rondes d'un corps en métamorphose.Son regard déchiffre une partition, appuyée sur les touches de l'un de ces magnifiques pianos vernis.Ces instruments aux notes d'ivoire dans ces grandes demeures mondaines dont les noms sont ciselés d'or.Des partitions sont posées éparses sur un fauteuil, comme si l'on venait d'y rechercher quelque air important.La joueuse n'est peut être pas experte mais curieuse.Avide dans son apprentissage, elle ne remarque même plus le peintre qui l'observe, admiratif, contemplatif.
Sa bouc
he semble s'être peinte en un "o" d'ébétement.
Une jeune fille
la domine, vêtue d'automne, à la chevelure d'écorce.Ses joues sont à la couleur des feuilles mortes, et l'ombre lui recouvre la moitié du visage.
El
le est l'écho de son amie, de sa soeur peut être.Plus vague quefinissable, elle a des yeux semblant balayer les pages en quête d'une réponse...
Moins expressive, peut être plus timide, elle reste à l'écart...Sa main droite prête à adresser quelques lieux, quelques solutions.Elle se tient à la chaise pour mieux voir, voûtée, évasive...
Leurs visages sont
doux, empreints d'élégance, de douceur.Elles sont ces délicieux portraits, d'un instant éphémère.

Sophie
# Posté le dimanche 21 octobre 2007 14:31
Modifié le lundi 19 novembre 2007 14:07

William Blake, Pietà, 1795

William Blake, Pietà, 1795
Ci-gît notre Grandeur.


Elle repose dans la clarté à la fois bien trop pâle et bien trop belle.La Vertue se meurt dans la pénombre de nos vices, de ces bordels puant les parfums, de ces geôles où les crimes vomissent, de ces ombres fugaces, ...de ces néants humains.Ses cheveux sont ces rayons de soleil éclatés au ciel des tempêtes, maigres et disloqués, sublimes mais invisibles aux âmes malades que nous sommes.
Ses cils sont esquissés en une crispation de douleur, à la parfaite symétrie dérangeante de ses yeux.Ses yeux transpirent l'humidité des larmes, et des cachots.Ce regard à la fois absent et las, nous affligent un jugement infâme.Ses rétines noires dénoncent notre impuissance malsaine à la comprendre et à l'aimer.Elle est, cette rupture déchirante, entre nous même et la Morale.Humble, vêtue d'un simple linceul blanc, la Vertue.
Elle repose entourée par les rocs tranchants d'une caverne oubliée, aux murs noirs, au sol glacial.


Souviens-toi de ces chevaux galopant dans le vacarme assourdissant de leurs sabots.Ils frappent tambour les dallages secs du chateau.Ils brandissent des armes accérées, le métal de leurs armures se heurtent à leurs batailles.Le sang se répend en une flaque large et impénétrable, opaque et visqueuse.Ces pluies de flèches sifflantes, dont les cris deviennent les échos.Sont-ce là les mortels que tu invoques, Vertue?
Regarde, l'homme te tourne le dos, te renies...Il préfère a ta beauté pudique, les charmes sombres de sa bestialité.
Il chevauche le temps, croyant le maitriser, dans l'ineptie de sa vanité.Il n'a pas saisi les rennes, celles ci lui semblant bien trop inutiles.Mais le temps ferme les yeux, et se dirige en des courses ignorantes.

Elle a cette même chevelure d'or, que la fuite des secondes, entremêle.Emportée, elle ne se tient qu'a peine en équilibre, au bord de la chute,aux bornes du gouffre, elle se laisse éconduire dans l'aveuglement.Elle est humaine, mais son regard se tourne vers toi, timide et contemplative.Elle tient entre ses paumes, ce petit homme qui déja se tourne vers la lugubre façade.
"Aide-le"..."Sauve-le"...hurle t elle en silence.
Il est déja trop tard, s'avoue la Vertue,..il est déja trop tard...

Sophie
# Posté le lundi 22 octobre 2007 15:46
Modifié le lundi 19 novembre 2007 14:07

Les eaux se sont troublées dans les plaines du Penjab....

Une averse de cendres s'est abattue sur le Gange
Les flots sont calmes à l'image d'un voile envoûté
La nuit s'égreine aux effluves des encens consummés...

La Barque au bois peint des pleurs en couleurs
S'avance en ondes feutrées, au sillon du défunt
Et l'Indienne, aux doigts dorés,au corps rouge
S'est recroquevillée au fond du bateau funeste.

L'ombre a egayé ses paupières d'un large fard
Ses cheveux lisses, ondulent, sublimes et noirs
Sa bouche tremble tel un oriflamme agité.

Sophie
Les eaux se sont troublées dans les plaines du Penjab....
# Posté le lundi 22 octobre 2007 16:06
Modifié le lundi 19 novembre 2007 14:08

Le poids des choses...

Le poids des choses…
Tu en connais bien quelques uns pour qui l'important est de réaliser de grandes choses. Tiens par exemple, Thomas Pritchard aura construit le premier pont métallique. Eifel, lui, aura réalisé sa géante de fer, il aura participé à la construction de la statue de la liberté et, merveille des merveilles, il aura eu la légion d'honneur (il aura également fait quelques ponts, mais bon). Molière aura, quand à lui, préféré la culture et y aura voué sa vie entière devenant ainsi l'emblème d'une langue: la langue de Molière...

Que de grandes choses, que de grands hommes... Voici donc ce que sont « des choses importantes » !

Qui irait dire que l'important se laisse porter par un souffle ?! Qui donc s'émerveillerait de la délicatesse d'une brise emportant une plume, plus que d'une majestueuse construction ?
Qui vouerait son temps à guetter l'instant magique, le doigt sur la gâchette afin d'immortaliser des faits sans importance ?
Des enfants me direz vous. Qui d'autre aurait une si mauvaise idée du poids des choses ?

C'est pourquoi je dis...

Merci les enfants, merci de rappeler aux grands que les plus belles choses ne pèse rien.
Merci au photographe inconnu qui a su prendre en photo la vie.
Merci à tout les grands qui savent rester enfant.

Fabien
# Posté le lundi 22 octobre 2007 20:33
Modifié le lundi 19 novembre 2007 14:08